Connaître tout le contenu d’une pensée – 24 décembre
N’être rien est le commencement de la liberté.
Donc, si vous êtes capable de percevoir, d’approfondir cela, vous vous apercevrez, à mesure que votre conscience s’affine, que vous n’êtes pas libre, que vous êtes lié à une multitude de choses diverses, et qu’en même temps, votre esprit nourrit l’espoir d’être libre.
Et vous constaterez que ces deux tendances sont contradictoires.
Il faut donc que l’esprit examine pourquoi il s’accroche aux choses.
Et c’est une rude tâche. C’est bien plus difficile que d’aller au bureau, plus dur que n’importe quel effort physique, plus ardu que toutes les sciences réunies.
Car l’esprit qui est humble, intelligent s’intéresse à lui-même sans être égocentrique; il est donc forcément extraordinairement alerte, attentif, et cela suppose un réel travail, de chaque jour, chaque heure, chaque minute…
Cela exige tout un labeur persévérant, car la liberté n’est pas aisée à obtenir.
Tout lui fait obstacle :
votre femme,
votre mari,
votre fils,
votre voisin,
vos dieux,
vos religions,
votre tradition.
Tout cela vous entrave,
mais c’est vous qui en êtes responsable, car vous voulez la sécurité. Et l’esprit qui cherche la sécurité ne la trouvera jamais.
Si vous avez quelque peu observé le monde, vous savez bien que la sécurité n’existe pas.
Le mari vient à mourir, ou la femme, ou le fils – il arrive toujours quelque chose. La vie n’est pas statique, car toute vie est mouvement. C’est une chose qu’il faut bien saisir, une vérité qu’il faut bien voir, bien ressentir, ce n’est pas un sujet de débat.
Alors vous verrez, à mesure que vous commencez à explorer, que cela est réellement un processus de méditation.
Mais ne vous laissez pas hypnotiser par ce mot.
Avoir conscience de chaque pensée, savoir quelle en est la source, et quel en est le but –
voilà ce qu’est la méditation.
Et connaître une seule pensée dans tout son contenu suffit à dévoiler l’ensemble du mécanisme de l’esprit.
Krishnamurti, Jiddu. Le livre de la méditation et de la vie (Essais – Documents) (French Edition) . Stock. Édition du Kindle.
Pouvons-nous mettre tout de suite fin à cette misère et ne plus être emportés par la vague de confusion et de douleur ?
« Ainsi, notre problème, à vous et à moi, est de savoir si nous pouvons sortir de cette misère instantanément, si, vivant dans le monde, mais refusant d’en faire partie, nous pouvons aider les autres à sortir de la confusion, non pas dans l’avenir, non pas demain, mais maintenant. »
De grands instructeurs tels que le Bouddha ou le Christ sont venus; ils ont accepté la foi des autres, alors qu’ils étaient peut-être, eux-mêmes, affranchis de la confusion et de la douleur. Mais ils n’ont jamais mis fin à la douleur, ils n’ont jamais empêché la confusion de se produire.
La douleur se perpétue, la confusion se perpétue.
Et si, voyant ce désordre social et économique, vous vous réfugiez dans ce qu’on appelle la vie religieuse et abandonnez le monde, vous pouvez peut-être avoir ainsi le sentiment d’atteindre ces grands maîtres, mais le monde continue dans sa destruction chaotique, dans l’incessante souffrance de ses riches et de ses pauvres.
Ainsi, notre problème, à vous et à moi, est de savoir si nous pouvons sortir de cette misère instantanément, si, vivant dans le monde, mais refusant d’en faire partie, nous pouvons aider les autres à sortir de la confusion, non pas dans l’avenir, non pas demain, mais maintenant. Tel est notre problème. La guerre arrive, probablement, plus destructrice, plus horrible que les précédentes. Certes, nous ne pouvons pas l’éviter car ses causes sont trop puissantes et trop directement en action.
Mais vous et moi pouvons percevoir immédiatement cette confusion et cette misère.
Nous devons les percevoir; et nous serons alors à même d’éveiller d’autres personnes à cette même compréhension de la vérité.
En d’autres termes, pouvez-vous être libres instantanément ?
Car c’est la seule façon de sortir de cette misère. La perception ne peut avoir lieu que dans le présent, mais si vous dites: je le ferai demain, la vague de confusion vous submerge et vous demeurez dans la confusion.
Est-il possible de parvenir à cet état où l’on perçoit instantanément la vérité, et où, par conséquent, on met fin à la confusion?
Je dis que c’est possible et que c’est la seule voie. Je dis – et ce n’est ni une supposition ni une croyance – que cela peut être fait et que cela doit être fait.
Provoquer cette extraordinaire révolution – qui ne consiste pas à se débarrasser des capitalistes et à mettre un autre groupe au pouvoir – engendrer cette merveilleuse transformation, qui est la seule vraie révolution, voilà le problème. Ce qu’en général on appelle révolution n’est que la modification ou le prolongement de la droite, selon les idées de la gauche. La gauche, en somme, n’est que la continuation de la droite sous une forme modifiée. Si la droite est basée sur des valeurs sensorielles, la gauche n’est qu’une persistance de ces mêmes valeurs, différentes seulement en degré et en expression.
Par conséquent, la vraie révolution ne peut avoir lieu que lorsque vous, l’individu, devenez lucide dans vos rapports avec autrui.
Ce que vous êtes dans vos rapports avec autrui, avec votre femme, votre enfant, votre employeur, votre voisin, constitue la société. La société en soi n’existe pas.
La société est ce que vous et moi, dans nos relations réciproques, avons créé; c’est la projection extérieure de tous nos états psychologiques intérieurs.
Donc si vous et moi ne nous comprenons pas nous-mêmes, transformer le monde extérieur, lequel est la projection de l’intérieur, est une entreprise vaine: les modifications ou transformations qu’on peut y apporter ne sont pas réelles.
Si je suis dans la confusion en ce qui concerne mes rapports humains, je crée une société qui est la réplique de cette confusion, l’expression extérieure de ce que je suis.
Ce fait est évident mais nous pouvons le discuter.
Nous pouvons discuter la question de savoir si la société, l’expression extérieure, m’a produit ou si c’est moi qui ai produit la société.
N’est-ce donc pas un fait évident que ce que je suis dans mes rapports avec autrui crée la société et que, si je ne me transforme pas moi-même radicalement il ne peut y avoir aucune transformation dans la fonction essentielle de la société?
Lorsque nous comptons sur un système pour transformer la société, nous ne faisons qu’éluder la question;
un système ne peut pas modifier l’homme, c’est l’homme qui altère toujours le système, ainsi que le démontre l’Histoire.
Tant que dans mes rapports avec vous, je ne me comprends pas moi-même,
je suis la cause du chaos,
des malheurs,
des destructions,
de la peur,
de la brutalité.
Et me comprendre n’est pas affaire de temps; je puis me comprendre qu’en ce moment même.
Si je dis: je me comprendrai demain, j’introduis le chaos, mon action est destructrice.
Dès que je dis : je me comprendrai, j’introduis l’élément temps et je suis emporté par la vague de destruction.
La compréhension est « maintenant » et non demain.
Demain est pour l’esprit paresseux, apathique, indifférent. Si une chose vous intéresse, vous la faites instantanément, il y a une compréhension immédiate, une immédiate transformation.
Si vous ne changez pas maintenantvous ne changerez jamaisparce que le changement remis au lendemain ne sera qu’une modification et non une transformation.
Une transformation ne peut se produire qu’immédiatement; la révolution est maintenant, non demain.
Lorsque cela arrive, vous êtes complètement sans problèmes, car alors le moi ne se préoccupe pas de lui-même; alors vous êtes au-delà de la vague de destruction.
La première et la dernière liberté -Introduction (fin) Jiddu Krishnamurti (1895-1986).
Non pas au corps physique ou mental de Pierre, Jean ou Jacques, ni de Marie, Denise ou Sylvie, simple image construite par toi pour camoufler ce que tu es en vérité, il est dit que, bien au delà de ce qui peut être perçu et qui pourtant est si près, juste là, déjà en toi, déjà là, réside en ce non lieu cette Vérité qui est toi, intouchée, intouchable, immuable inchangeable, non limitée…éternelle et sans nom.
Tu n’es pas, n’as jamais été et tu ne seras jamais ce corps, ce nom, cette profession, ce titre, cette maladie,
ce sentiment
d’impuissance
de peine
de regret
de manque
de solitude etc…
cette peur
de laisser ou d’être laissé pour compte
d’abandonner ou d’être abandonné
d’accepter ce qui est
de lâcher prise de ce qui est
Toutes ces images, tous ces concepts
Ça ne peut pas être toi!
Car tout ça est éphémère, périssable et a fait naître le temps et dans le temps, tout commencement a une fin. Mais la Vie en toi, Qui est ce que tu es en vérité, Cette vie n’a pas de fin car Elle était avant que ce petit tas de poussière ne prenne forme, sinon comment cette forme aurait pu prendre forme ?
La Vie est, tout simplement!
Et derrière toutes ces images que tu as faites de toi, tous ces concepts
de mère, de père,
de conjoint, de fille, de frère, de sœur,
de tante ou d’oncle, de grand-mère ou de future grand-mère,
de travaillante, persévérante, courageux,
de pauvre, de victime, de malade, de vaurien, de menteur,
de femme de tête, d’homme d’affaire, fort, indépendant…etc…
TOUS ces concepts, regardes les bien en face, pour ce qu’ils sont, tel qu’ils sont…des concepts et ajoutes tous ceux qui ont été omis et qui semblent te concerner par ce que :
Une illusion est TOUTES les illusions.
Tu n’as rien à voir avec l’éphémère, tu n’es rien de TOUT ce que tu peux imaginer – RIEN – de tout ce que tu penses ou perçois n’est toi et simultanément tu es TOUT… et tout ce perçu, toutes ces images, ces concepts,
toutes ces provocations qui semblent t’être données par la Vie, ne sont que des échos de la Voix pour Dieu, faites par toi… pour te rappeler à Lui. Et ça n’a rien à voir avec la mort du corps.
Car la mort du corps n’est rien d’autre que la mise au rancart d’un outils qui n’est plus utile à l’expression de ce que l’esprit croit devoir servir en ce monde :
L’amour ou la peur ?
« Tu es le moyen désigné par Dieu pour le salut du monde. »
UCEM – L-I.63.3:5
Tu peux mourir et tu dois mourir…mourir à toutes identifications à ces images, concepts, croyances…illusions,
car la mort c’est maintenant que tu la vis si tu persistes à croire être ce que tu n’es pas.
Mais mourir à tout ceci, mourir à toutes ces illusions c’est vivre libéré, car sans attaches ni identifications à quoi que ce soit sur terre ou n’importe où, c’est être libre et ce n’est qu’en cette seule Liberté qu’il est possible de continuer l’expérience d’un vie sans souffrance dans ce monde.
Cette Vérité qui réside au delà du perçu, au delà des mots et de la forme…
c’est Ce que tu es!
Svp, ne crois rien de tout ça, sans regarder, écouter, voir et expérimenter par toi même
L’éternel-universel, l’unité peut et doit être reconnue en tout ce qui est, mais elle ne peut être reconnue tant que tu portes en toi cette croyance que la diversité des formes du monde physique-éphémère et divisé est la vérité !
« Vous ÊTES le Soi, ici maintenant. Laissez le mental à lui-même, soyez conscient mais non concerné, et vous réaliserez que d’être vigilant et détaché, de regarder les choses venir puis passer, est un aspect de votre vraie nature. »
SRI NISRGADATTA MAHARAJ Extrait du livre « Je suis »
« Dès que l’on est conscient du désordre, de ce qui « est » exactement, on essaie de s’en évader. Les sectes qui offrent des systèmes pour résoudre la souffrance économique, sociale et religieuse, sont les pires car alors c’est le système qui devient important, non l’homme. »
Que ce système soit religieux ou social, de droite ou de gauche, c’est lui avec sa philosophie et ses idées, qui devient important, non l’homme.
La souffrance est politique, sociale, religieuse; tout notre être psychologique est dans la confusion, nos chefs politiques et religieux n’y peuvent rien et les livres sacrés ont perdu leur valeur.
Vous pouvez consulter la Bhagavad Gîtâ ou la Bible ou le dernier traité de politique ou de psychologie et vous verrez qu’ils ont perdu la résonance, la qualité de la vérité. Ce ne sont plus que de simples mots. Et vous-mêmes, qui faites profession de répéter ces mots, vous êtes confus et incertains, cette répétition ne transmet rien. Ainsi, les mots et les livres ont perdu leur signification et vous, qui citez la Bible, Karl Marx ou la Bhagavad Gîtâ, étant vous-mêmes dans l’incertitude et la confusion, votre répétition devient mensonge, les mots écrits ne sont plus que propagande, et la propagande n’est pas la vérité.
Aussitôt que vous vous mettez à répéter, vous cessez de comprendre votre propre état d’esprit.
Vous ne faites que cacher votre confusion au moyen de l’autorité que vous accordez à des mots. Mais ce que nous essayons de faire, ici, c’est comprendre cette confusion et non la recouvrir au moyen de citations.
Or, quelle est votre réponse à cela ?
Comment réagissez-vous à cet énorme chaos, à cette confuse incertitude de l’existence ?
Soyez-en conscients à mesure que j’en parle; ne suivez pas mes mots mais la pensée qui agit en vous. La plupart d’entre nous ont l’habitude d’être des spectateurs et de ne pas participer à l’action; de lire des livres et de ne pas en écrire;
être spectateur est devenu une tradition, notre habitude nationale et universelle;
nous assistons à des parties de football,
nous écoutons des politiciens et des orateurs,
nous ne sommes là qu’en surplus;
nous avons perdu la capacité de créer et par conséquent nous voulons absorber et que cela soit notre part.
Mais si vous ne faites qu’assister, si vous n’êtes ici que des spectateurs, vous perdrez totalement le sens de ce discours,
car ceci n’est pas une de ces conférences que l’on vous demande d’écouter par habitude.
Je ne vous donnerai aucune des informations que vous pourriez trouver dans une encyclopédie. Mais nous essayerons de suivre nos pensées réciproques et de poursuivre aussi loin, aussi profondément que nous le pourrons, les intentions et les réactions de nos propres sentiments.
Je vous prie donc de découvrir votre propre réponse à ce chaos, à cette souffrance; non pas de savoir quels sont les mots qu’Untel a prononcés mais quelles sont vos réactions personnelles à ce sujet. Votre réaction est celle de l’indifférence si vous retirez un avantage de cette souffrance, de ce chaos, si vous en avez un profit, économique, social, politique ou psychologique.
Dans ce cas, cela vous est égal que le désordre se prolonge.
Il est évident que plus le monde est troublé et chaotique, plus on recherche la sécurité.
Ne l’avez-vous pas remarqué ?
Du fait de la confusion qui règne dans tous les domaines, vous vous enfermez dans la sécurité que vous donne un compte en banque, ou une idéologie; ou encore, vous vous livrez à la prière, vous allez au temple, ce qui veut dire que vous vous abstrayez de ce qui se passe dans le monde. Des sectes se forment, de plus en plus nombreuses, de nouveaux « ismes » surgissent partout.
Car, plus ce chaos est grand, plus vous voulez un chef, un berger qui vous conduise hors de la confusion; alors vous lisez des textes sacrés ou vous vous adressez au dernier instructeur en date, ou encore vous réglez votre conduite selon quelque système de droite ou de gauche, qui vous semble devoir résoudre le problème. Voilà exactement ce qui se produit partout.
Dès que l’on est conscient du désordre, de ce qui « est » exactement, on essaie de s’en évader.
Les sectes qui offrent des systèmes pour résoudre la souffrance économique, sociale et religieuse, sont les pires car alors c’est le système qui devient important, non l’homme. Que ce système soit religieux ou social, de droite ou de gauche, c’est lui avec sa philosophie et ses idées, qui devient important, non l’homme.
Et, pour ces idées, pour ces idéologies, on est tout prêt à sacrifier l’humanité entière.
C’est exactement cela qui se produit dans le monde. Je ne vous donne pas ici une interprétation personnelle de ce qui se passe: observez autour de vous, et vous verrez que c’est cela la vérité. Ce sont les systèmes qui sont devenus importants, et, de ce fait, l’homme – vous et moi – a perdu toute valeur et ceux qui ont le contrôle des systèmes (religieux ou économiques, de droite ou de gauche) assument l’autorité, le pouvoir, et par conséquent vous sacrifient, vous l’individu.
Voilà exactement ce qui se passe.
Mais quelle est la cause de cette misère ?
Comment cette confusion, cette souffrance, se sont-elles produites, non seulement psychologiquement, mais dans le monde extérieur ?
Comment sont nées cette peur et cette attente de la troisième guerre mondiale, de cette guerre qui est en train d’éclater ?
Cela indique, évidemment, un écroulement des valeurs morales et spirituelles et la glorification des valeurs sensorielles, des valeurs des choses faites par la main ou par la pensée.
Et qu’arrive-t-il lorsque l’on n’a, pour toutes valeurs, que celles, sensorielles, des produits de la pensée, de la main ou de la machine ?
Plus nous donnons d’importance aux valeurs sensorielles, aux objets, plus grande est la confusion.
Encore une fois, ceci n’est pas une théorie. Vous n’avez guère besoin de consulter des ouvrages pour vous rendre compte que vos valeurs, vos richesses, votre existence économique et sociale sont basées sur des choses faites par la main ou la pensée.
Ainsi nous vivons et fonctionnons et avons notre être plongé dans des valeurs sensorielles, ce qui veut dire que les choses de la pensée, de la main ou de la machine, sont devenues importantes.
Le résultat de cette importance donnée aux choses est que les croyances sont devenues prédominantes dans le monde.
N’est-ce pas cela qui se produit partout ?
Ainsi, accordant de plus en plus d’importance aux valeurs qui relèvent des sens, nous créons une confusion de plus en plus grande; et, nous trouvant au milieu de cette confusion, nous essayons de nous en évader par différentes voies, religieuses, économiques ou sociales, ou par l’ambition, le pouvoir ou la recherche de la réalité.
Mais le réel est tout près de vous. Vous n’avez pas à le chercher.
L’homme qui cherche la réalité ne la trouvera jamais. La vérité est en ce qui « est » – et c’est cela sa beauté.
Mais dès l’instant que vous la concevez, dès l’instant que vous la cherchez, vous commencez à lutter; et l’homme qui lutte ne peut pas comprendre.
Voilà pourquoi il nous faut être en observation, immobiles, passivement lucides. Nous voyons alors que notre existence, notre action, sont toujours dans le champ de la destruction, de la douleur; comme une vague, la confusion et le chaos déferlent sur nous. Il n’y a pas d’intervalles dans la confusion de l’existence.
Tout ce que nous faisons à présent semble conduire au chaos, à la souffrance, à un état malheureux.
Observez votre propre vie et vous verrez que votre existence est toujours au bord de la douleur.
Notre travail,
notre activité sociale,
notre politique,
les réunions des nations pour enrayer la guerre,
tout développe la guerre.
La destruction suit l’existence dans son sillage;
tout ce que nous faisons mène à la mort.
Voilà exactement ce qui a lieu.
Pouvons-nous mettre tout de suite fin à cette misère et ne plus être emportés par la vague de confusion et de douleur ?
Suite (2) de l’introduction dans un prochain article
…si abstrait pour un esprit conditionné par le temps, l’idée de naissance et de mort, conditionnée par les us et coutumes, les dogmes et les lois d’une société faite par lui-même et qui pourtant semble si détachée, si concrète…si réelle…semblant venir d’autre part, même de nul part.
Qu’est-ce que l’instant présent ?
si je persiste à croire que c’est de regarder, d’analyser, de juger, de condamner tout ce que je perçois d’extérieur à moi-même ici maintenant afin d’améliorer ou de changer une situation, un comportement, un sentiment…sans m’apercevoir que tout ceci a été fait par moi en fonction de mes peurs du passé ou de mes craintes du futur?
Qu’est-ce que l’instant présent ?
si ce n’est de regarder ici maintenant sans analyser, sans juger, sans condamner ce que je perçois à l’extérieur, mais bien de retourner ce regard vers moi-même afin de voir et de sentir tout l’effet de ce perçu (sans nommer, ni juger, ni analyser) voir le résultat que cette perception extérieure semble avoir sur moi…et constater…s’il te plait, constatons ensemble et reconnaissons la source de tout ce perçu qui est là, juste là au-delà de toutes les perceptions, en amont du « je suis » ceci ou cela, « je » ressent ceci ou cela, « je » voudrais être ceci ou cela…
« au-dessus de nous dedans et tout autour…le miracle est partout… »
et le miracle c’est lorsque nous stoppons la croyance d’être séparé de tout ce perçu… c’est là, un lieu qui n’est pas un lieu…là où le miracle n’a plus de signification…
Car tu es cet espace dans lequel tout se passe, et simultanément rien de tout cela…
Car au-delà du perçu il y à Le Soi,
…Ce que tu es en vérité, en tant qu’Être innommable, sans forme et sans âge, l’absolu, l’éternel Qui n’est pas du connu ni du perçu mais qui par amour se manifeste par ce connu, ce perçu afin que tu reviennes à Lui et que tu te souviennes de Lui…
Celui Qui est ce que Tu es…
Car tu as juste oublié et par cet écrit se manifeste cet Amour pour te rappeler Qu’Il ne t’a jamais quitté comme tu ne L’as jamais quitté parce
Qu’Il est ce que Tu es!
Ne cherche plus à l’extérieur de toi car en fait il n’y a ni extérieur ni intérieur!
Tu es tel que Dieu est, et le nom n’a aucune importance
« Afin de réaliser le Soi, ma véritable nature, ne dois-je pas d’abord et avant tout, voir et reconnaitre tout ce que je ne suis pas ? Ici, tout ce qui « est » tangible, visible, sensoriel, corporel et temporel n’a rien à voir avec ce Que tu es en vérité.
La « PREMIÈRE ET DERNIÈRE LIBERTÉ » dont nous entretient ce livre, résume toute la pensée et l’enseignement du grand philosophe indien, Jiddu Krishnamurti (1895-1986). Sans nous enfermer dans aucun système, nous invitant au contraire à une mise en question permanente, il aborde les problèmes fondamentaux de la vie avec le seul souci de rendre l’homme plus libre. C’est sans doute pourquoi le rayonnement de Jiddu Krishnamurti ne cesse de croître, de génération en génération, dans un monde et une société de plus en plus en proie à l’inquiétude spirituelle.
Communiquer l’un avec l’autre, même si l’on se connaît très bien, est extrêmement difficile. Il se peut que j’emploie des mots dans un sens qui n’est pas le vôtre, mais il ne peut y avoir de compréhension entre nous que si nous nous rencontrons au même niveau, au même instant. Une telle entente comporte une affection réelle entre une personne et l’autre, entre mari et femme, entre amis intimes.
C’est cela la vraie communion : une compréhension réciproque et instantanée qui se produit lorsqu’on se rencontre au même niveau, au même instant.
– « L’instant saint » dans UCEM –
Cette communion spontanée, effective et comportant une action définie est très difficile à établir. J’emploie des mots simples, qui ne sont pas techniques, car je pense qu’aucun mode spécialisé d’expression ne peut nous aider à résoudre nos problèmes fondamentaux. Je ne me servirai donc d’aucun terme technique employé soit en psychologie, soit en science. Je n’ai, heureusement, lu aucun livre de psychologie ou de doctrine religieuse. Je voudrais transmettre, au moyen des mots très simples de la vie quotidienne, un sens plus profond que celui qu’on leur accorde habituellement; mais cela me sera difficile si vous ne savez pas écouter.
Il existe un art d’écouter. Pour écouter réellement, il faut pouvoir abandonner, ou écarter, tous les préjugés, les expressions toutes faites et les activités quotidiennes.
« Oublis le passé de ton frère et le tient » – dans UCEM
Lorsque l’on est dans un état d’esprit réceptif, l’on peut comprendre aisément; vous écoutez aussitôt que vous accordez réellement votre attention à ce que l’on dit. Mais, malheureusement, la plupart d’entre nous écoutent à travers un écran de résistances.
Nous vivons derrière un écran fait de préjugés, religieux ou spirituels, psychologiques ou scientifiques, ou composé de nos soucis quotidiens, de nos désirs et de nos craintes. Et, abrités derrière tout cela, nous écoutons. Donc, nous n’entendons en réalité que notre propre bruit, notre son, et non pas ce que l’on nous dit.
Il est extrêmement difficile de mettre de côté notre formation, nos préjugés, nos inclinations, nos résistances, et, allant au-delà de l’expression verbale, d’écouter de façon à comprendre instantanément ce que l’on nous dit.
Ce sera là une de nos difficultés.
Si, au cours de ces causeries, vous entendez quoi que ce soit qui s’oppose à votre façon de penser et de croire, bornez-vous à écouter, ne résistez pas. Il se peut que vous ayez raison et que j’aie tort, mais écoutez et considérons la question ensemble; nous découvrirons ainsi la vérité.
La vérité ne peut vous être donnée par personne. Il vous faut la découvrir; et, pour faire une découverte, il faut un état d’esprit qui permette une perception directe.
Il n’y a pas de perception directe là où se trouvent une résistance, une protection, une sauvegarde.
La compréhension vient avec la perception de ce qui « est ». Savoir avec exactitude ce qui « est », voir tout tel que c’est, l’actuel, sans l’interpréter, sans le condamner ou le justifier, est le commencement de la sagesse.
C’est lorsque nous commençons à interpréter, à traduire selon notre conditionnement et nos préjugés, que la vérité nous échappe.
Après tout, il y va comme de toute recherche. Pour savoir ce qu’est une chose, ce qu’elle est exactement, il faut se livrer à une certaine recherche, il ne faut pas la traduire selon notre humeur. De même, si nous pouvons regarder, observer, écouter ce qui « est », en être exactement conscient, le problème est résolu. Et c’est ce que nous essayerons de faire dans ces discours. Je vous montrerai ce qui « est » et de même que je ne le traduirai pas selon ma fantaisie, vous ne devrez pas le traduire ou l’interpréter selon votre conditionnement ou votre formation.
N’est-il pas possible d’être conscient de tout, tel que cela est ?
Et, en commençant ainsi, ne doit-on pas parvenir à l’entendement ?
Admettre ce qui « est », y parvenir, en être conscient, met fin aux luttes.
Si je sais que je suis un menteur, si c’est un fait que je reconnais, la lutte cesse. Admettre ce qui « est », en être conscient, c’est déjà le commencement de la sagesse, de l’entendement qui nous libère de la durée. Introduire la notion du temps – non du temps chronologique, mais de la durée en tant que moyen, en tant que processus psychologique, en tant que pensée – est destructeur et engendre la confusion.
Mais il est possible de comprendre ce qui « est », si on le reconnaît, sans justification, sans identification.
Savoir que l’on est dans une certaine condition, dans un certain état, est déjà un processus de libération; mais l’homme qui n’est pas conscient de son conditionnement, de sa lutte, essaie d’être autre chose que ce qu’il est, ce qui engendre des habitudes.
Tenons donc présent à l’esprit que nous voulons examiner ce qui « est », observer l’actuel, en être exactement conscient, sans lui donner un biais, sans l’interpréter.
Cela exige une acuité extraordinaire de l’esprit et un cœur extraordinairement souple; car ce qui « est », est sans cesse en mouvement, constamment en transformation, et si l’esprit est enchaîné par des croyances, par des connaissances, il cesse sa poursuite, il cesse de s’adapter au rapide mouvement de ce qui « est ». Ce qui « est » n’est évidemment pas statique, accroché à une croyance, à un préjugé, ainsi que vous pouvez le voir si vous l’observez de très près. Pour le suivre dans sa course, il faut avoir un esprit très prompt et un cœur souple, qui vous sont refusés si votre esprit est statique, accroché à une croyance, à un préjugé, à une identification. Un cœur et un esprit secs ne peuvent pas suivre aisément, rapidement, ce qui « est ».
Je pense que, sans trop de discussions, sans trop d’expressions verbales, nous sommes tous conscients du fait que nous vivons actuellement dans un chaos, une confusion, une misère, à la fois individuels et collectifs. Cela est vrai non seulement en Inde, mais partout dans le monde : en Chine, en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, bref, le monde entier est dans un état de confusion, de misère grandissante. Cette souffrance, non seulement individuelle mais aussi collective, est extraordinairement aiguë. Il s’agit donc d’une catastrophe mondiale, et la limiter à une simple région géographique, à telle section colorée de la mappemonde serait absurde, car cela nous empêcherait de comprendre la pleine signification de cette souffrance mondiale et individuelle.
Étant conscients de cette confusion, quelle est notre réponse à ce fait ? Comment y réagissons-nous ?
Nous avons insisté sur la perception et nous avons très peu parlé jusqu’à présent de la connaissance. C’est que la perception doit être redressée avant que tu puisses connaître quoi que ce soit.
Connaître, c’est être certain. L’incertitude signifie que tu ne connais pas.
La connaissance est pouvoir parce qu’elle est certaine, et la certitude est force. La perception est temporaire. En tant qu’attribut de la croyance en l’espace et le temps, elle est sujette soit à la peur ou à l’amour. Les malperceptions produisent la peur et les perceptions vraies encouragent l’amour, mais aucune n’apporte de certitude parce que toute perception varie. Voilà pourquoi ce n’est pas la connaissance.
La perception vraie est la base de la connaissance, mais connaître est l’affirmation de la vérité et par-delà toute perception.
Toutes tes difficultés viennent du fait que tu ne te reconnais pas toi-même, ni ton frère ni Dieu.
Reconnaître signifie « connaître de nouveau » et cela implique que tu as connu jadis. Tu peux voir de multiples façons parce que la perception comporte une interprétation, ce qui signifie qu’elle n’est ni entière ni constante. Le miracle, qui est une façon de percevoir, n’est pas la connaissance. C’est la réponse juste à une question, mais tu ne poses pas de question quand tu connais.
Pour défaire les illusions, la première étape est de les mettre en question.
Le miracle, ou la réponse juste, les corrige. Puisque les perceptions changent, il est évident qu’elles dépendent du temps. Comment tu perçois à n’importe quel moment détermine ce que tu fais, et les actions doivent se produire dans le temps. La connaissance est intemporelle, parce que la certitude ne peut être mise en question.
Tu connais quand tu as cessé de poser des questions.
L’esprit interrogateur se perçoit dans le temps et cherche donc des réponses futures. L’esprit fermé croit que le futur et le présent seront pareils. Cela établit un état qui en apparence est stable et qui habituellement est une tentative pour contrebalancer la peur sous-jacente que le futur sera pire que le présent. Cette peur inhibe la tendance même à poser des questions.
La vraie vision est la perception naturelle de la vue spirituelle, mais c’est encore une correction plutôt qu’un fait. La vue spirituelle est symbolique; ce n’est donc pas un mécanisme pour connaître. C’est toutefois un moyen de perception juste, ce qui la fait entrer dans le domaine du miracle proprement dit. Une « vision de Dieu » serait un miracle plutôt qu’une révélation. Le simple fait qu’elle implique la perception retire l’expérience du champ de la connaissance. C’est pourquoi les visions, si saintes qu’elles soient, ne durent pas.
La Bible te dit de te connaître toi-même, ou d’être certain. La certitude est toujours de Dieu. Quand tu aimes quelqu’un, tu l’as perçu tel qu’il est et cela te permet de le connaître. Tant que tu ne l’as pas d’abord perçu tel qu’il est, tu ne peux pas le connaître.
Aussi longtemps que tu poses des questions à son sujet, tu laisses entendre clairement que tu ne connais pas Dieu.
La certitude ne requiert pas l’action. Quand tu dis que tu te bases sur la connaissance pour agir, en fait tu confonds connaissance et perception. La connaissance procure la force nécessaire à la pensée créatrice mais non à l’action juste. La perception, les miracles et l’action sont étroitement reliés. La connaissance est le résultat de la révélation, et elle n’induit que la pensée. Même sous sa forme la plus spiritualisée, la perception implique le corps. La connaissance vient de l’autel au-dedans et elle est intemporelle parce qu’elle est certaine. Percevoir la vérité, ce n’est pas la même chose que la connaître.
La perception juste est d’abord nécessaire afin que Dieu puisse communiquer directement avec Ses autels, qu’Il a établis en Ses Fils.
Là Il peut communiquer Sa certitude, et Sa connaissance apportera la paix sans aucune question. Dieu n’est pas un étranger pour Ses Fils et Ses Fils ne sont pas des étrangers les uns pour les autres. La connaissance a précédé à la fois la perception et le temps et c’est elle qui à la fin les remplacera. Voilà la signification réelle de « l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin » et : « Avant qu’Abraham fût, je suis. »
La perception peut et doit être stabilisée, mais la connaissance est stable. « Crains Dieu et observe Ses commandements » devient :
« Connais Dieu et accepte Sa certitude. »
Si tu attaques l’erreur en autrui, c’est toi-même que tu blesseras. Tu ne peux pas connaître ton frère quand tu l’attaques. C’est toujours un étranger qui est attaqué. Tu fais de lui un étranger en le malpercevant, et ainsi tu ne peux pas le connaître. C’est parce que tu as fait de lui un étranger que tu as peur de lui. Perçois-le correctement afin de pouvoir le connaître.
Il n’y a pas d’étrangers dans la création de Dieu.
Pour créer comme Il a créé, tu ne peux créer que ce que tu connais et donc acceptes pour tien. Dieu connaît Ses enfants avec une parfaite certitude. Il les a créés en les connaissant. Il les reconnaît parfaitement.
Quand ils ne se reconnaissent pas les uns les autres, ils ne Le reconnaissent pas.
Une méthode implique l’autorité d’un sage, d’un gourou, d’un Sauveur, d’un Maître qui se portent garants de l’efficacité de leur enseignement; mais cette voie n’est certes pas celle de la connaissance de soi.
L’autorité, au contraire, nous empêche de nous connaître. Sous l’égide d’un guide spirituel nous pouvons temporairement éprouver un sens de sécurité et de bien-être mais qui n’est pas la connaissance du processus total de nous-mêmes. L’autorité, de par sa nature, nous empêche d’être lucides quant à notre être intérieur et détruit de ce fait la liberté, la liberté en dehors de laquelle il n’y a pas de création.
L’état créateur n’existe qu’en la connaissance de soi.
La plupart d’entre nous en sont privés: nous sommes des machines à répétition, des disques de gramophone, de sempiternelles chansons enregistrées par nos expériences, nos conclusions, nos souvenirs, ou ceux des autres. Revivre ces enregistrements ce n’est pas être créatifs, mais c’est justement cela que nous voulons : le culte de l’autorité écarte les périls que nous craignons et détruit la compréhension, cette tranquille spontanéité de l’esprit qui est l’état créatif.
Notre difficulté est que la plupart d’entre nous ont perdu cet état. Être créatif ne veut pas dire nécessairement peindre, écrire, devenir célèbre, en somme avoir la capacité d’exprimer une idée, puis se faire applaudir ou rejeter par le public.
Il ne faut pas confondre le don de s’exprimer avec l’état créatif. En celui-ci (l’état créatif) le moi est absent, l’esprit n’est plus centré sur ses expériences, ses ambitions, ses poursuites, ses désirs.
L’état créatif est discontinu; il est neuf d’instant en instant; c’est un mouvement en lequel le « moi », le « mien » n’est pas là, en lequel la pensée n’est pas fixée sur un but à atteindre, une réussite, un mobile, une ambition. En cet état seul est la réalité, le créateur de toute chose.
Mais cet état ne peut pas être conçu ou imaginé, formulé ou copié; on ne peut l’atteindre par aucun système, aucune philosophie, aucune discipline; au contraire, il ne naît que par la compréhension du processus total de nous-mêmes.
Cette compréhension n’est pas un résultat, un sommet; elle consiste à se voir, d’instant en instant, dans le miroir des rapports que l’on entretient avec les personnes, les choses, les possessions, les idées.
Mais nous trouvons qu’il est difficile d’être en éveil et sur le qui-vive, aussi préférons-nous nous engourdir en acceptant des méthodes, des croyances, des superstitions et des théories agréables au moyen desquelles nos esprits s’épuisent et deviennent insensibles. Dès lors, ils ne peuvent plus être dans l’état créateur, d’où le moi est absent, parce que le processus de récognition et d’accumulation qui est mis en œuvre est le moi lui-même : la conscience que l’on a d’être un moi est le centre de la récognition et celle-ci n’est que le processus de l’accumulation de l’expérience.
Mais nous avons tous peur de n’être rien du tout :
nous voulons tous être quelque chose, le petit personnage veut devenir important, le vicieux vertueux, le faible rêve de puissance et d’autorité. Telle est l’incessante agitation de nos esprits. Ils ne peuvent jamais se taire, donc ils ne peuvent jamais connaître l’état créatif.
Pour transformer le monde autour de nous, avec ses souffrances, ses guerres, ses famines, ses luttes de classes, cette confusion totale,
la révolution préalable qui doit se faire en nous-mêmes ne peut pas se laisser guider par une croyance ou une idéologie, quelles qu’elles soient.
Les mouvements basés sur des idées, qui se conforment à certaines façons de voir, ne sont pas du tout des révolutions. Pour provoquer une révolution fondamentale en nous-mêmes, nous devons comprendre le processus entier de notre pensée et de nos sentiments, au cours de nos relations.Là est la seule solution de tous nos problèmes; il est inutile de les chercher dans des disciplines, des croyances, des idéologies, chez des sages ou des savants.
Si nous pouvons nous comprendre nous-mêmes tels que nous sommes d’instant en instant, sans le processus d’accumulation, nous verrons comment se produit une quiétude qui n’est pas engendrée par la pensée, qui n’est ni imaginée ni cultivée. En cette quiétude seule est l’état créateur.
IV – De la Connaissance de Soi (suite-2) – pages 25
Jiddu Krishnamurti – LA PREMIÈRE ET DERNIÈRE LIBERTÉ Traduit de l’anglais par Carlo Suarès – 1954 Éditions Stock
La réalité ne peut être découverte qu’en comprenant ce qui « est », et pour comprendre ce qui « est » on doit être libre : libre de la peur de ce qui « est ».
Pour comprendre ce processus, il faut qu’existe l’intention de savoir ce qui « est », de suivre chaque pensée, chaque sentiment, chaque acte.
Et, ainsi que je l’ai dit, cette poursuite est difficile, car ce qui « est » n’est jamais immobile, statique, mais toujours mouvant. Le « ce qui est » est ce que vous faites, ce que vous pensez et ressentez réellement d’un instant à l’autre, et non ce que vous voudriez être, l’idéal fictif. Ce qui « est » est l’actuel et pour le saisir il faut un esprit aigu, rapide, toujours en éveil. Si nous commençons à condamner ce qui « est », à le blâmer ou à lui résister nous ne comprenons plus son mouvement. Si nous voulons comprendre une personne, nous ne devons pas la condamner, mais l’observer, l’étudier.
Il me faut aimer la chose même que j’étudie.
Si vous voulez comprendre un enfant, aimez-le, ne le blâmez pas, jouez avec lui, observez ses mouvements, ses caractéristiques personnelles, son comportement. De même, pour comprendre ce qui « est », vous devez observer ce que vous pensez, ressentez et faites d’instant en instant. C’est cela l’actuel. Toute autre action, toute action idéologique, tout idéal n’ont rien d’actuel; ce ne sont que des souhaits, des désirs fictifs d’être autre chose que ce qui « est ».
La compréhension de ce qui « est » exige un état d’esprit en lequel il n’y a ni identification ni condamnation, ce qui implique un esprit vif et pourtant passif. Nous sommes dans cet état lorsque nous voulons réellement comprendre quelque chose.
L’intensité de l’intérêt engendre cet état d’esprit.
Et lorsque nous voulons comprendre ce qui « est », c’est-à-dire l’état même de notre esprit, nous n’avons guère besoin de le forcer, de le discipliner, de le contrôler; au contraire, nous devenons le lieu d’une observation vive et passive. Cet état de lucidité surgit avec l’intérêt, avec l’intention de comprendre.
La compréhension fondamentale de soi-même n’est pas le fruit d’une accumulation de connaissances ou d’expériences.
Celles-ci s’appuient sur la mémoire, tandis que la connaissance de soi est d’instant en instant.
Si nous ne faisons qu’accumuler des données sur le moi, ces informations mêmes nous empêchent de nous comprendre plus profondément, car cet entassement de savoir et d’expériences devient un foyer où la pensée se concentre et a son être. Le monde n’est pas différent de nous et de nos activités, c’est ce que nous sommes qui crée les problèmes du monde.
La difficulté, pour la plupart d’entre nous, est que nous ne nous connaissons pas directement, mais que nous sommes à la recherche d’un système, d’une méthode, d’un moyen d’action qui résoudraient les nombreux problèmes humains.
Existe-t-il un moyen, un système pour se connaître?
Toute personne habile, tout philosophe peuvent inventer un système, une méthode, mais ne pensez-vous pas que le résultat d’une méthode est créé par la méthode elle-même?
Si j’adopte un certain système pour me connaître, j’obtiendrai le résultat qui découle de cette méthode, mais je ne me connaîtrai pas pour autant.Car la méthode, le système, le moyen, façonnent la pensée et l’activité, mais cette forme particulière qu’elles assument n’est pas la connaissance de soi.
Il n’y a donc pas de méthode pour se connaître.
La recherche d’une méthode implique le désir d’obtenir un certain résultat – c’est cela que nous voulons : nous nous soumettons à l’autorité d’une personne, d’un système ou d’une idéologie car nous désirons obtenir un résultat qui nous fasse plaisir et qui nous apporte la sécurité.
En vérité, nous ne voulons pas nous connaître, voir clairement nos impulsions, nos réactions, tout le processus conscient et inconscient de notre pensée; nous préférons adopter un système et poursuivre le résultat qu’il comporte. Cette poursuite est invariablement engendrée par notre désir de trouver une sécurité, une certitude,
et le résultat n’est pas la connaissance de soi.
Une méthode implique l’autorité d’un sage, d’un gourou, d’un Sauveur, d’un Maître qui se portent garants de l’efficacité de leur enseignement; mais cette voie n’est certes pas celle de la connaissance de soi.
IV – De la Connaissance de Soi (suite) – pages 24
Jiddu Krishnamurti – LA PREMIÈRE ET DERNIÈRE LIBERTÉ Traduit de l’anglais par Carlo Suarès – 1954 Éditions Stock
« Pour trouver les vraies valeurs, qui ne sont ni celles des sens ni celles du conditionnement extérieur, et qui, seules, régénèrent, transforment et produisent une révolution radicale, il est indispensable de se connaître soi-même. La connaissance de soi est le commencement de la sagesse, c’est-à-dire de la régénération. »
Les problèmes du monde sont si colossaux, si complexes, que pour les comprendre donc les résoudre, on doit les aborder d’une manière très simple et directe; cette simplicité est celle d’un jugement qui ne dépend ni d’influences extérieures ni de nos préjugés ou de notre humeur.
Ainsi que je l’ai déjà dit, la solution ne doit pas être cherchée auprès de conférenciers, ni dans des théories, ni en mettant de nouveaux chefs à la place des anciens. La solution est dans le responsable du problème, dans le responsable de la catastrophe, de la haine, de l’énorme incompréhension qui existe entre les hommes.
Ce responsable est l’individu, vous et moi, et non le monde tel que nous nous le représentons.
Le monde est l’état de nos relations mutuelles, et non quelque chose en dehors de vous et moi. La société est faite des relations que nous établissons, ou que nous cherchons à établir entre nous.
Ainsi,
le problème n’est autre que vous et moi et non le monde,
car le monde est la projection de nous-mêmeset pour le comprendre c’est nous que nous devons comprendre.
Il n’est pas séparé de nous;
nous sommes lui et nos problèmes sont les siens.
Cette vérité ne sera jamais assez répétée, car nous sommes si apathiques qu’il nous plaît de penser que les problèmes du monde ne sont pas notre affaire, qu’ils doivent être résolus par les Nations Unies ou par un changement de dirigeants. Cette mentalité est bien obtuse car c’est nous-mêmes qui sommes responsables de cette effroyable misère, de cette confusion générale, de cette guerre sans cesse menaçante.
Pour transformer le monde nous devons commencer par nous-mêmes;
et dès lors ce qui importe, c’est l’intention : notre intention doit être
de nous comprendre vraiment
et non
de laisser à d’autres le soin de se transformer ou
de provoquer une modification extérieure par une révolution de la droite ou de la gauche.
Il est important de comprendre que là est notre responsabilité, à vous et à moi, car quelque petit que soit notre monde, si nous pouvons nous transformer, introduire un point de vue radicalement différent dans notre existence quotidienne, peut-être pourrons-nous affecter un monde plus vaste, par l’extension de nos rapports avec autrui.
Il nous faut donc essayer de comprendre le processus de la connaissance de soi.
Ce n’est pas un processus d’isolement qui nous retirerait du monde,
car il est impossible de vivre isolé.
Être c’est être en relation :
Ce sont les relations dont la base est erronée qui provoquent les conflits, les malheurs, les luttes.
Si nous parvenons à transformer nos rapports dans notre monde, fut il très étroit, cette action sera comme une vague qui ne cessera de s’étendre. Je pense qu’il est important de comprendre que notre monde est celui de nos relations, quelque limitées qu’elles soient, car si nous pouvons y provoquer une transformation, non superficielle mais radicale, nous commencerons alors, activement, à transformer le monde.
La vraie révolution n’est jamais conforme à un modèle donné, de gauche ou de droite, à une révolution dans les valeurs sensorielles et dans celles qui sont créées par les influences du milieu. Pour trouver les vraies valeurs, qui ne sont ni celles des sens ni celles du conditionnement extérieur, et qui, seules, régénèrent, transforment et produisent une révolution radicale,
Mais pour se comprendre, il faut que l’intention y soit, et c’est là qu’est la difficulté. Certes, nous sommes mécontents, nous aspirons à un changement immédiat; mais notre mécontentement est canalisé par le désir de parvenir à un certain résultat : nous cherchons un nouvel emploi ou nous succombons au milieu.
Le mécontentement, au lieu de nous enflammer, de nous pousser à mettre en question la vie entière, la totalité du processus de l’existence, aussitôt qu’il est canalisé, nous rend médiocres, nous fait perdre toute intensité.
Et c’est tout cela qu’il nous faut découvrir en nous, par nous-mêmes,
car la connaissance de soi ne peut être enseignée par personne ni par aucun livre.
C’est à nous de la découvrir. Et cette investigation, cette profonde enquête, doit être soutenue par une intention constante. Aussitôt que celle-ci faiblit, le simple acquiescement quant à l’utilité de se connaître, ou le souhait exprimé de parvenir à cette connaissance, n’ont que peu d’intérêt.
Ainsi, se transformer soi-même c’est transformer le monde,
parce que le moi est à la fois le produit et une partie intégrante du processus total de l’existence humaine. Pour se transformer, la connaissance de soi est essentielle, car si vous ne vous connaissez pas, votre pensée n’a pas de base.
L’on doit se connaître tel que l’on est, et non tel que l’on désire être; l’on ne peut transformer que ce qui « est », tandis que ce que l’on voudrait être n’est qu’un idéal, une fiction, une irréalité.
Mais se connaître tel que l’on est exige une extraordinaire rapidité de pensée, car ce qui « est » subit de perpétuels changements et si l’esprit veut adhérer à cette course il ne doit évidemment pas commencer par s’attacher, par se fixer à un dogme ou à une croyance.
Pour vous connaître, il vous faut avoir l’agilité d’un esprit libéré de toutes les croyances, de toutes les idéalisations, lesquelles pervertissent la perception en projetant sur elle leurs colorations particulières.
Si vous voulez vous connaître tel que vous êtes, n’essayez pas d’imaginer ce que vous n’êtes pas :
si je suis avide, envieux, violent, mon idéal de non-violence aura bien peu de valeur.
Mais savoir vraiment que l’on est avide et violent, le savoir et le comprendre, cela exige une perception extraordinairement aiguë, et de l’honnêteté, et une pensée claire.
Tandis que poursuivre un idéal éloigné de ce qui « est » est une évasion qui nous empêche de découvrir ce que nous sommes et d’agir directement sur nous-mêmes.
La compréhension non déformée de ce que vous êtes -laid, ou beau, malfaisant ou élément de désordre, est le commencement de la vertu. La vertu est essentielle, car elle confère la liberté.
Ce n’est qu’en la vertu que vous pouvez vous découvrir,
vivre.
« Cultiver » la vertu engendre la respectabilité mais certes pas la compréhension et la liberté.
Il y a une différence entre être vertueux et le devenir.
L’être,
c’est comprendre ce qui « est »,
tandis que
« devenir » vertueux
c’est recouvrir ce qui « est » avec ce que l’on voudrait être
et renvoyer la solution indéfiniment.
Ce processus qui consiste à éviter ce qui « est » en cultivant un idéal passe pour être vertueux ; mais si vous l’examinez de près et d’une façon directe, vous verrez qu’au contraire de ce que l’on dit, il n’est qu’un perpétuel refus de se trouver face à face avec ce qui « est ».
La vertu n’est pas le devenir de ce qui n’est pas mais la compréhension de ce qui « est », laquelle nous libère de ce qui « est ».
Et la vertu est essentielle dans une société qui se désintègre rapidement. Pour créer un monde nouveau, une structure nouvelle sans rapport avec l’ancienne, il faut être libre de découvrir et liberté implique vertu :
sans vertu il n’y a pas de liberté.
L’homme immoral qui s’efforce de devenir vertueux,
peut il connaître jamais la vertu?
L’homme qui n’est pas moral ne peut jamais être libre
et par conséquent ne peut jamais découvrir ce qu’est la réalité.
La réalité ne peut être découverte qu’en comprenant ce qui « est », et pour comprendre ce qui « est »
IV – De la Connaissance de Soi – pages 22-23
Jiddu Krishnamurti – LA PREMIÈRE ET DERNIÈRE LIBERTÉ Traduit de l’anglais par Carlo Suarès – 1954 Éditions Stock